Les animaux dans les vanités

Nature morte aux poissons Détails  Pieter Boel (1622-1674)  Huile sur toile, vers 1660  Cliché - Bertrand Legros  © Chateau-Musée de Dieppe, Dieppe

Nature morte aux poissons Détails Pieter Boel (1622-1674) Huile sur toile, vers 1660 Cliché – Bertrand Legros © Chateau-Musée de Dieppe, Dieppe

       Le site internet de la Bibliothèque Nationale de France héberge un site, http://classes.bnf.fr/index.php, qui est un portail vers un corpus de mini-sites selon la recherche par mots-clés que l’on effectue. Ce site met à disposition des documents en ligne à des fins pédagogiques sous la forme de PDF. La direction de la publication est composée de Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France et Thierry Grillet, directeur de la Diffusion culturelle. L’interface est attrayante, beaucoup d’informations concernant l’actualité des expositions est en ligne et ainsi que d’autre évènements culturels.

Capture d'écran http://classes.bnf.fr/

Capture d’écran http://classes.bnf.fr/

       Dans le cadre de la recherche sur le thème de la symbolique des animaux dans la peinture, le mot-clé « bestiaire » donne accès à deux PDF. La période concernée est le Moyen Age mais certains symboles sont une constante au fil des siècles en peinture dans la culture européenne. On note toutefois que ces sites concernent des expositions et comme le projet est récent, on fait rapidement le tour de ces ressources.

        Un document a été mis en ligne par le Musée des Beaux Arts de Bordeaux à l’occasion de l’exposition sur la peinture hollandaise du XVII ème siècle. Il a été conçu par Isabelle Beccia, responsable du service culturel du musée. Il s’agit d’une synthèse de plusieurs ouvrages sur le thème notamment des animaux vivants et morts représentés dans les nature mortes de vanités. 

Capture d’écran 2014-04-11 à 17.26.35

Capture d’écran PDF mis en ligne par le musée des BA de Bordeaux, accessible via Google en téléchargement direct

Voici les symboliques de quelques animaux :

L’agneau

       Il fait bien sur référence à Jésus Christ sacrifié pour les hommes, en victime. Raban Maur, moine bénédictin et archevêque de Mayence en Allemagne, qui a vécu au IX ème siècle, était également un théologien réputé. Il a rédigé une Encyclopédie des Choses, et des traités d’éducation et de grammaire ainsi que des commentaires de la Bible. Il explique que Jésus Christ et l’agneau sont liés car l’agneau est pure et immaculé, et qu’il est utilisé à titre de sacrifice dans les rites, tout comme Jésus fut tué sur terre. Toujours dans une tradition biblique, l’agneau est associé aux apôtres et donc aux innocents, donc à ceux qui se sont repentis.

Au XVII ème siècle ce n’est pas une iconographie très employée dans l’Europe du Nord, voici deux exemples :

Un peintre Espagnol :

Josefa de AYALA, nature morte, 1679, (sans indications supplémentaires)

Josefa de AYALA, nature morte, 1679, (sans indications supplémentaires) Source : http://en.wikipedia.org/wiki/File:JosefaObidos4.jpg

L’agneau est représenté ci-dessus déjà découpé, amassé avec d’autres types de viandes pour souligner le faste.

Voici un exemple d’un peintre Français : 

DE SPORTES Alexandre-François,Nature morte aux perdrix piquées, faisans, quarrés d'agneau fruits et poires de bon Chrétien,Gros & Delettrez,Paris (sans indications des dimensions) Source : http://www.artvalue.com/auctionresult--de-sportes-alexandre-francois-nature-morte-aux-perdrix-pique-2855422.htm

DE SPORTES Alexandre-François,Nature morte aux perdrix piquées, faisans, quarrés d’agneau fruits et poires de bon Chrétien,Gros & Delettrez,Paris (sans indications des dimensions)
Source : http://www.artvalue.com/auctionresult–de-sportes-alexandre-francois-nature-morte-aux-perdrix-pique-2855422.htm

Tortue, coquillage et poisson

Nature morte aux poissons Détails  Pieter Boel (1622-1674)  Huile sur toile, vers 1660  Cliché - Bertrand Legros  © Chateau-Musée de Dieppe, Dieppe

Nature morte aux poissons Détails Pieter Boel (1622-1674) Huile sur toile, vers 1660 Cliché – Bertrand Legros © Chateau-Musée de Dieppe, Dieppe

         La coquille, déjà évoquée et tout autre mollusque, invoque la tombe des défunts. Les huitres, mis à part la dimension érotique du fait de leur caractère aphrodisiaque, abritant des perles signifient l’humilité du sage et du saint. La perle est la connaissance cachée, la sagesse qui est tirée des enseignements de Dieu. 

        Dans un même registre, la tortue représente la terre et le ciel. Quand elle est représentée droite sur ses pattes il s’agit de l’image de la voute céleste, son dos arrondi rappelant la vision du ciel. Renversée elle représente la terre, demeure des hommes. Plus vulnérable sur le dos, elle renvoie à la fragilité de la vie ; sur ses pattes elle incarne la vie éternelle sous la protection de Dieu

         Le site des musées de Haute Normandie a des pages consacrées à des oeuvres d’art. La fiche sur l’oeuvre de Pieter Boel,artiste anversois du XVII ème siècle, « Nature morte aux poissons » peinte vers 1660 a été très utile pour la symbolique des coquillages, huiles et tortues. On note cependant la caractère peu pratique de ce site, qui dans l’onglet « à découvrir », propose des images d’oeuvres sans cartels, sans indication de dates, périodes ou autre. 

La chouette

Vanité à la chouette (auteur anonyme). XVIIe siècle.

Anonyme, XVII ème siècle, vanité à la chouette, Musée des Beaux-Arts de Dijon (sans indication de dimensions) Source : http://eclaircie.canalblog.com/archives/2011/02/28/20505458.html

Anonyme, XVII ème siècle, vanité à la chouette, Musée des Beaux-Arts de Dijon (sans indication de dimensions)
Source : http://eclaircie.canalblog.com/archives/2011/02/28/20505458.html

        C’est un oiseau de nuit qui a eu différentes symboliques. A l’Antiquité, associée à Athéna, elle représentait la sagesse, l’image de son habilité à voir dans la nuit représentant le fait d’être clairvoyant. Dans le monde romain, la chouette avait une connotation négative, accusée de boire le sang des enfants la nuit. Au Moyen-Âge la chouette est associée à la tromperie, profitant de la nuit pour chasser pour attraper ses proies plus facilement. Les chouettes furent souvent clouées aux portes pour conjurer les mauvais sorts.

La grenouille 

      Le directeur du musée des Beaux-Arts de Bordeaux résume les différents sens qu’ont pris les grenouilles dans l’histoire de l’Art : à l’Antiquité cet animal était symbole de fécondité, au Moyen Age la grenouille était mal vue, renvoyant à la luxure, et associée au crapaud qui incarne l’avarice. 

       Le Maitre de la Raison, graveur et peintre de la fin du XVème siècle actif à Amsterdam, utilise la grenouille pour représenter les pécheurs imprudents que le destin surprend.

       Plus tard, Jacob Cats dans ses emblèmes (disponibles sur internet ici) représente une grenouille au premier plan de son emblème « tibi mors, mini vita » ce qui signifie, selon les mots d’Olivier le Bihan, directeur du musée des Beaux-Arts lors de l’exposition : « au creux de la main gauche d’une jeune fille courtisée par un prétendant l’animal évoque l’alternative entre l’amour et le plaisir, la grenouille aquatique suffoquera dans la main de la virage qu’enflamme un désir déshonnête ». 

Jacob Cats, "Tibi Mors mini vita",  Sinne- en minnebeelden (1627) Source : http://emblems.let.uu.nl/c1627_introduction.html?lang=eng

Jacob Cats, « Tibi Mors mini vita », Sinne- en minnebeelden (1627)
Source : http://emblems.let.uu.nl/c1627_introduction.html?lang=eng

          Plus généralement maintenant, il faut aborder la symbolique des gibiers présents dans les natures mortes de l’Age d’Or.

          La chasse à courre était une activité noble, chère, très populaire au Moyen Age surtout, mais qui conserve cette image d’activité prestigieuse. Outre le fait qu’une nature morte de gibier puisse vouloir incarner la vanité humaine  dans sa définition de « fierté, orgueil », l’action complaisante de tuer moins fort que soi pour se faire valoir, la chasse est aussi un symbole chrétien. En fait, elle est associée au combat mené par le mal contre l’âme du croyant.

       La volaille et le gibier représentent la victime du sacrifice mais également la dimension du faste, l’abondance et la richesse. Ces deux éléments paradoxaux veulent signifier la difficulté de la recherche spirituelle dans la vie quotidienne de l’homme qui se laisse distraire par les biens matériels. Olivier Le Bihan explique que « Si le motif du gibier s’impose d’abord au sein ce genre de tableau comme l’image d’une mort instantanée qui suspend brutalement toute forme d’activité, on ne doit pas oublier non plus que la chasse figure elle-même parmi les occupations futiles dans un certain nombre de vanités datant de la seconde moitié du dix-septième siècle (…) la mythologie du chasseur n’est du reste pas indemne de toute critique sociale ou morale. En donnant la préséance au pasteur sur le chasseur, la Bible condamnait déjà l’imprévoyant Esaü à céder son droit d’ainesse à Jacob son cadet plus industrieux et réfléchi ». 

Clémence L. 

Les trois catégories de vanités en peinture

      L’historien de l’Art et professeur suédois Ingvar Bergström découpe les vanités en trois catégories distinctes. 

– La première est l’évocation de la vanité des biens terrestres. Les représentations de ce type de vanité comportent de l’argent, des bijoux, des objets précieux de collections, des armes, couronnes et régalias, pipes, fromages, pommes de terre, jambon, instruments de musique et jeux, tout ce qui renvoie à la vanité des plaisirs. 

Image

Pieter CLAESZ, Vanitas Still Life with the Spinario, 1628. Huile sur toile, 70.5cm × 80.5cm, Rijksmuseum.
Source : https://www.rijksmuseum.nl/en/my/collections/143972–guust-cleiren/gouden-eeuw-stillevens/objecten#/SK-A-3930,5

– La seconde catégorie est l’évocation du caractère transitoire de la vie humaine. Donc c’est tout l’imaginaire des crânes, des instruments de la mesure du temps, des montres et des sabliers, des bougies et lampes à huile, du feu, des fleurs etc. 

Image

B. SCHAAK, Vanitas stilleven,1675 – 1700, Huile sur toile, 47cm × w 40.5cm
Source : https://www.rijksmuseum.nl/en/my/collections/143972–guust-cleiren/gouden-eeuw-stillevens/objecten#/SK-A-844,32

– La troisième et dernière catégorie renvoie aux symboles de résurrection et de vie éternelle. Il s’agirait d’épis de blé, de couronnes de lauriers et d’écus de chêne. 

Image

Jacob van CAMPEN, Vanités au crâne et couronne de laurier, avec deux bougies allumées, 1645 – 1650, Huile sur toile, 86.6cm × 86cm, Rijskmuseum
Source : https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=lauwerkrans&p=4&ps=12&ii=5#/SK-A-4254-3,42

       Les oeuvres illustrant ces catégories ont été trouvées sur le site du Rijksmuseum. Outre le fait de pouvoir créer son studio, c’est-à-dire sa propre collection de peintures selon des mots clés ou thèmes de son choix, la facilité avec laquelle on peut « explorer la collection » est un point fort de ce site car ce musée possède un nombre spectaculaire de gravures, dessins, peintures qui concernent directement le sujet des vanités. Le moteur de recherche permet de réaliser des recherches en anglais, mais on se rend bien compte que pour atteindre les studios, très utiles, crées par des abonnés, il faut plutôt utiliser des mots néerlandais. Le seul problème de ce site est qu’il n’est pas possible de le « suivre » sur un outil tel que Netvibes par exemple, car il ne possède pas de flux RSS. 

Image

Source : capture d’écran https://www.rijksmuseum.nl/en/search

       Pour la partie sur l’oeuvre de Heda, la National Gallery de Washington met à disposition des enseignants des dossiers pédagogiques. Sous forme de PDF, ce dossier concerne la période de l’Age d’or en Hollande. Cette publication date de 2007 et a été réalisée par un certain nombre de professeur, du département des « publications éducatives ». Ce dossier est accessible sur le site de la National Gallery directement et comporte une soixantaine de pages. 

 

 

                Les limites de cette catégorisation

       Mais cette catégorisation n’est pas toujours pertinente : en effet ces catégories ne sont pas étanches. En voici l’illustration par le commentaire d’une oeuvre.

      L’artiste, Willem Claesz Heda, est néerlandais, il est né en 1593/1594 et mort 1680. Il est l’un des plus grands peintre néerlandais de nature mortes notamment pour celles de petits-déjeuners et de banquets.

Willem Claesz Heda,  Dutch, 1593/1594–1680,  Banquet Piece with Mince  Pie, 1635, oil on canvas,  106.7=111.1 (42=43¾),  National Gallery of Art,  Washington, Patrons’  Permanent Fund����

Willem Claesz Heda, Dutch, 1593/1594–1680,
Banquet Piece with Mince Pie, 1635, oil on canvas, 106.7=111.1 (42=43¾),
National Gallery of Art, Washington, Patrons’ Permanent Fund

      La tartelette de Noël, ou tourte, était réservée pour les occasions particulières. C’était un met aromatisé aux épices très onéreuses. Les autres plats qui se trouvent sur la table sont également des plats de luxe : des citrons et olives importés, des huitres qui se consomment avec du vinaigre contenu dans une jarre vénitienne, du sel de saison dans une boite en argent, et du poivre à saupoudrer avec un petit cône de papier.  

     Au sommet de cette composition pyramidale se trouve un magnifique gobelet en bronze doré

    Le repas semble pourtant terminé, au vu du désordre apparent. La vaisselle est éparpillée voire couchée sur la table, un verre a même été cassé. La mèche de la bougie a été coupée. 

     Ces objets sont le symbole du caractère fugace de la vie, des rappels de la nécessité de se tenir préparer pour la mort et le Jugement Dernier. Les huitres sont également porteuses de sens : elles étaient déjà considérées comme aphrodisiaques, et donc elles signifient la luxure, le péché de la chair. Au centre de la composition se trouve un dernier met qui n’a pas été mangé. Trop occupé à profiter des plaisirs de la chair, les banqueteurs ont oublié de manger ce qui pourtant aurait pu les sauver : le pain de la vie, symbole du corps du Christ dans l’Eucharistie. Pour cette-dernière remarque, il faut évoquer le conteste religieux de l’époque, les protestants n’admettent pas le fait que le vin soit associé au sang du Christ et le pain à son corps (ce que les catholiques appellent la transsubstantiation). Ce délaissement du pain, donc le corps-même du Christ, symbolise encore une fois que les banqueteurs se sont adonnés aux passions humaines, plutôt que de porter attention à la religion. La nappe de la table apparait alors comme étant une référence au linceul christique, l’ombre de la vaisselle et des mets apparaissent nettement sur celui-ci, ce qui n’est pas anodin en terme de composition. 

     Un détail retient le regard : le reflet de la carafe en argent qui est ouverte : avec un peu d’imagination et en faisant pivoter ce reflet on peut distinguer la forme d’un crâne

Willem Claesz Heda, Détail n°1  Pièces de Banquet avec Tartelette de Noël, 1635, huile sur toile, 106,7 = 111,1 (42 = 43 ¾), National Gallery of Art, Washington, Patrons » Fonds permanent

Image

Zoom carafe, idem source.

     La taille importante de ce tableau fait que les objets représentés sont à taille humaine, d’où cette impression forte de réalisme

    Cette nature morte de vanité évoque les biens terrestres (première catégorie) puisqu’on y voit de la nourriture de luxe, des beaux plats à servir en argent et bronze doré, chandeliers, assiettes. Mais elle renvoie également à la deuxième catégorie : la fuite du temps, avec le symbole des citrons qui s’oxydent rapidement et donc qui perdent leur belle couleur en peu de temps; et la bougie. Enfin, on peut voir dans la présence du pain et de la nappe blanche des symboles christiques faisant référence à la rédemption et la vie éternelle. 

Ainsi, non seulement les peintures de l’Age d’or sont très variées en terme d’objets représentés, mais la catégorisation n’apporte pas une clé de lecture puisque ces trois axes sont intimement liés

Clémence L. 

Persée secourant Andromède de Joachim Wtewael : une vanité cachée ?

http://perseetandromede.wordpress.com

Joachim Wtewael, Persée sécourant Andromède, 1611, toile, 180 x 150 cm, Musée du Louvre, Paris http://perseetandromede.wordpress.com

      Dans cet article, il s’agira d’analyser un tableau très intéressant de Joachim Wtewael, Persée secourant Andromède. Ce tableau comporte en fait trois tableaux en un : un paysage qui semblerait être une vue idéalisée de la ville d’Harleem, un nu académique, et une nature morte au premier plan que je vais analyser en tant que vanité à l’aide de plusieurs ressources numériques.

       Je voudrais vous présenter un blog d’un amateur qui a fait une description de ce tableau de manière divertissante, qui est à prendre au second degré. Il s’agit de missionaulouvre (ce lien vous envoie directement à l’article concernant le tableau). Ce blog est en fait comme un journal de bord, d’un amateur, Jean-Sebastien Cariot, qui s’est donné pour « mission » de visiter le Louvre tous les jours à sa pause déjeuner pendant un semestre. Il publie alors un article pour chaque oeuvre qui l’a marquée et raconte son sujet et son histoire. Nous naviguons facilement sur ce blog grâce au sommaire.

Capture d’écran du blog missionaulouvre
Pour continuer avec les blogs, je vais vous présenter un écrit par des consoeurs de Ressources Numériques de l’année dernière, qui ont fait un blog entièrement dédié au mythe de Persée et Andromède. La navigation est très ludique car les trois étudiantes ont fait une page par technique de représentation (sculpture, peinture, cinéma, musique, littérature, ect…).

Capture d’écran du blog perseeetandromede
Le site de la Société des Amis du Louvre a publié une petite page sur ce tableau. Nous retrouvons ce tableau par un des onglets proposés à gauche : acquisitions puis liste des oeuvres. L’interface est aussi plutôt ludique, l’onglet acquisitions puis liste des oeuvres est classifié selon les différentes salles du Musée du Louvre. Le qui sommes nous? est très complet. C’est une société privée qui est aujourd’hui le premier mécène du Musée du Louvre.

Capture d’écran société des amis du Louvre page Persée et Andromède de Wtewael

***

      Joachim Wtewael est un peintre dit maniériste hollandais, il est né en 1566 et mort en 1638 à Utrecht.

     Si vous ne connaissez pas tout à fait le mythe de Persée et Andromède vous êtes invité à aller voir les diverses ressources proposées ci-dessus,. Il est important de préciser que ce tableau est une sorte de fusion de deux mythes : celui de Persée avec des sandales ailées sauvant Andromède du monstre marin, et de Béllerophon avec Pégase tuant la chimère.

perseetandromede.wordpress

Joachim Wtewael, Persée secourant Andromède, 1611 (Détail)

     Nous remarquons qu’aux pieds d’Andromède, le sol est littéralement tapissé de coquillages vides associés à un crâne et un os à son pied droit, et à son coté gauche un cadavre ayant perdu toute sa chair. Finalement, un contexte plutôt funeste; c’est pourquoi nous pouvons penser tout d’abord à une nature morte.
Mais aussi à une vanité. Ici, les ossements rappelle le destin d’Andromède qui est donnée en sacrifice au monstre marin, ces ossements sont les dernières victimes du monstre avant elle. Par cette association d’une belle jeune femme et de la mort, nous pouvons penser à une première vanité. Celle qui correspond à l’adage « rappelle-toi que tu vas mourir », et faisant référence à la cruauté de la vie, car nous savons que nous allons mourir mais nous ne savons pas quand. Ce crâne peut aussi fait allusion à ce que sera Andromède, ou ce que nous serons, dans quelques dizaines d’années.
Cette représentation du memento mori est la plus répandue, comme nous avons pu le voir dans nos divers articles précédents. Mais nous n’avons encore jamais traités dans ce blog du coquillage dans les vanités.
A vrai dire, il est assez difficile de trouver une ou des significations de cet élément sur le net. Je vais tenter une interprétation par moi-même en m’appuyant sur diverses lectures numériques effectuées, qui sont présenter au début de cet article. Depuis longtemps le coquillage fait référence à la femme. Tantôt à la Vierge, souvent à l’enfant comme La Sainte Conversation de Pierro della Francesca, nous remarquons que l’abside de l’architecture forme un coquillage. Tantôt à la femme plus charnelle, et la nous pensons à la déesse Venus et à la fameuse Naissance de Venus de Sandro Botticelli. Ici le coquillage fait directement référence au sexe féminin et à la fécondité, en tant qu’attribut de Venus.

       Si nous nous remettons dans le contexte de Persée et Andromède; ce-dernier tombant amoureux de cette belle femme nue en détresse; cette dernière assimilation du coquillage concorde dans ce tableau qui mêle héroïsme et érotisme. A cette époque l’académie du nu, était certes un exercice pictural fastidieux qui vantait la maitrise du dessin de l’artiste, mais elle était destinée aussi à un certain plaisir visuel. Nous pouvons penser alors à une vanité du plaisir charnel. Un plaisir éphémère, qui ne dure qu’un temps, lorsque nous sommes beaux et jeunes. C’est peut-être aussi ce qui attend Persée et Andromède après leur mariage.

Clémentine J.

La représentation de la bougie dans les vanités

A partir de deux ressources bien différentes l’une de l’autre nous pouvons comprendre le ou les symboles d’une vanité en la définissant et en étudiant l’iconographie.

Caroline BOUVIER, enseignante de Lettres Classiques au lycée Eugène Delacroix de Maison-Alfort a publié un article sur son blog intitulé « Aspect du baroque: vanité » qui permet de définir les éléments des vanités. Ce blog est hébergé par LeWebPédagogique qui est une communauté éducative francophone, créée en 2005, permettant par le biais d’un blog, un échange complémentaire aux cours entre enseignant et élève.

Enfin, le site du Memory of the Netherlands regroupe les reproductions photographiques de toutes les collections se trouvant aux Pays-Bas. Cette base de donnée est mise en relation avec la Koninklijke Bibliotheek (National Library of the Netherlands). A partir de là la recherche « vanitas » permet de visualiser toutes les représentations portant le nom de vanités.

Nous pouvons constater à partir de ces deux ressources, que l’on peut retrouver dans les représentations une bougie allumée, ou bien une bougie éteinte ou encore un chandelier vide.

Par l’aspect pédagogique d’un blog d’enseignante au lycée, nous pouvons dire que la bougie caractérise la fuite du temps, le caractère éphémère de la vie. Mais nous pouvons aussi penser à la lumière divine. En effet, les vanités ont souvent une morale religieuse cachée derrière elles. On peut justifier cette remarque par le dossier effectué par le « club de philo » du lycée de Sèvres.

J’ai pris ici deux exemples antinomiques pour expliquer la signification de la bougie dans la vanité.

Johannes van den Aveele, Vanitas stilleven met schedel en kandelaar, 1699, Amsterdam Museum

Johannes van den Aveele, Vanitas stilleven met schedel en kandelaar, 1699, Amsterdam Museum

Le premier de Johannes van den Aveele (1699) avec une bougie allumée sur le coté du tableau au coté d’un crâne éclairé très vivement par une lanterne dans laquelle se trouve un sablier. Ce tableau peut faire penser au coté religieux de la vanité, rappeler au spectateur que sa vie entière doit être consacré au christ et que son objectif ultime est d’aller au paradis.

Pieter Symonsz Potter, Vanitas stilleven, 1646, Rijksmuseum

Pieter Symonsz Potter, Vanitas stilleven, 1646, Rijksmuseum

Le second de Pieter Symonsz Potter (1646) avec un chandelier vide, qui insinue que la bougie est terminée et symbolise encore plus le coté morbide de la vie.

Ces exemple expriment finalement ce qu’on appelle par rapport à la vanité le memento mori (« rappelle-toi que tu vas mourir »).

Clémentine J.