Vanité des plaisirs : étude du tableau de Jan Miense MOLENAER

Jan Miense Molenaer, Allégorie de la vanité ou Femme à sa toilette, 1633, 102 x 127 cm, Toledo Museum of Art, Toledo, Ohio.

Jan Miense Molenaer, Allégorie de la vanité ou Femme à sa toilette, 1633, 102 x 127 cm, Toledo Museum of Art, Toledo, Ohio.

         La courte biographie qui suit provient de l’encyclopédie en ligne larousse.fr, le directeur de la publication est Isabelle Jeuge-Maynart, et l’hébergement du site est assuré par la société Hachette Livre. La navigation dans ce site est très simple, les différents thèmes sont regroupés selon les dictionnaires français, les dictionnaires bilingues et une encyclopédie.

        Ensuite, le site sur lequel j’ai pu trouver des éléments iconographiques et le cartel complet de l’oeuvre est utpictura18.univ-montp3.fr. C’est une base de données iconographiques, permettant d’associer images et textes du Moyen-Age jusqu’aux Lumières. Les images sont mises en rapport avec leur cartel complet ainsi qu’une indexation des objets constituant l’image. Le site comporte aussi des cours en ligne, des articles, des définitions méthodologiques et théoriques ainsi que des outils pédagogiques. Pour ce qui concerne la recherche, dans l’onglet « image en ligne » se trouve différents types de recherche, soit simple où l’on peut taper un ou des mots clés, soit par liste (selon la technique) ou encore soit par périodes historiques. L’interface paraît à première vue peu professionnelle mais en réalité c’est une très bonne et utile base de données avec une recherche simple et ludique. Ce programme est développé par le Centre interdisciplinaire d’Etude des Littératures d’Aix-Marseilles. Les auteurs sont Benoît Tane, maître de conférences en littérature comparée à l’université de Toulouse-Le Mirail et Stéphane Lojkine, professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’Université d’Aix-Marseille. Ils ont fait tous deux de multiples publications pour en savoir plus vous êtes invités à aller voir dans l’onglet « qui sommes-nous ? ».

        Enfin pour avoir plus amples informations sur ce tableau j’ai consulté le site du Musée où il se trouve: le Toledo Museum of Art de l’Ohio (Etats-Unis), qui propose aussi une description du tableau.

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        Jan Miense MOLENAER (1610-1668) est un peintre néerlandais de Haarlem. C’est surtout un peintre de scène de genre, il est fortement influencé par son maitre Franz Hals, et il collabore aussi lorsqu’il est à Amsterdam en 1648 avec Jan Lievens, qui peignait souvent des vanités et natures mortes.

       Dans ce tableau tout n’est qu’apparence et transparence: le reflet dans le miroir, les bulles de savon, les richesses du décor.

       Le tableau représente une jeune femme au miroir se faisant peigner les cheveux par une servante, en face d’elle se trouve un petit garçon jouant à faire des bulles. En-dessous de son pied gauche se trouve un crâne. Nous nous trouvons dans un intérieur de riches hollandais décoré d’instruments de musique et de luxueuses draperies. Un tapis importé de Turquie qui symbolise l’importance des échange commerciaux entre les ports du Nord (VOC) et l’Orient, la robe de satin et fils d’or rappelant la couleur des cheveux de la jeune femme, puis un petit coffre à bijoux d’où débordent de multiple diamants, perles, ors et autres. C’est une scène du quotidien de la maitresse de maison.

        Tous ces éléments renvoient aux symboles des vanités: le crâne (la mort), les bulles de savon (la fragilité de la vie), les instruments de musiques (le divertissement qui éloigne de la vie spirituelle), et le thème de la femme au miroir (le narcissisme, une autre vanité). Le singe enchainé à ses pieds peut représenter le genre humain volontairement captif de ses instincts les plus primaires.

        Cette représentation renvoie à la première définition de la vanité, dans le sens où elle est le plus employée aujourd’hui : celle d’une personne orgueilleuse, narcissique et égoïste. Rappelons d’ailleurs à ce propos le mythe de Narcisse tombant amoureux de son propre reflet. Ce thème de la femme au miroir dénonce l’hypocrisie des apparences, qui mène à la perte, voire à la mort.

       On note le thème de la musique, celui des riches bijoux, et draperies, selon les « trois catégories de la vanités». La représentation des instruments de musique symbolisent la vanité des biens terrestres et ici des plaisirs. La musique peut être considérée comme un plaisir vain et profane qui suscite les passions inutiles.

Clémentine J.

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Les animaux dans les vanités

Nature morte aux poissons Détails  Pieter Boel (1622-1674)  Huile sur toile, vers 1660  Cliché - Bertrand Legros  © Chateau-Musée de Dieppe, Dieppe

Nature morte aux poissons Détails Pieter Boel (1622-1674) Huile sur toile, vers 1660 Cliché – Bertrand Legros © Chateau-Musée de Dieppe, Dieppe

       Le site internet de la Bibliothèque Nationale de France héberge un site, http://classes.bnf.fr/index.php, qui est un portail vers un corpus de mini-sites selon la recherche par mots-clés que l’on effectue. Ce site met à disposition des documents en ligne à des fins pédagogiques sous la forme de PDF. La direction de la publication est composée de Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France et Thierry Grillet, directeur de la Diffusion culturelle. L’interface est attrayante, beaucoup d’informations concernant l’actualité des expositions est en ligne et ainsi que d’autre évènements culturels.

Capture d'écran http://classes.bnf.fr/

Capture d’écran http://classes.bnf.fr/

       Dans le cadre de la recherche sur le thème de la symbolique des animaux dans la peinture, le mot-clé « bestiaire » donne accès à deux PDF. La période concernée est le Moyen Age mais certains symboles sont une constante au fil des siècles en peinture dans la culture européenne. On note toutefois que ces sites concernent des expositions et comme le projet est récent, on fait rapidement le tour de ces ressources.

        Un document a été mis en ligne par le Musée des Beaux Arts de Bordeaux à l’occasion de l’exposition sur la peinture hollandaise du XVII ème siècle. Il a été conçu par Isabelle Beccia, responsable du service culturel du musée. Il s’agit d’une synthèse de plusieurs ouvrages sur le thème notamment des animaux vivants et morts représentés dans les nature mortes de vanités. 

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Capture d’écran PDF mis en ligne par le musée des BA de Bordeaux, accessible via Google en téléchargement direct

Voici les symboliques de quelques animaux :

L’agneau

       Il fait bien sur référence à Jésus Christ sacrifié pour les hommes, en victime. Raban Maur, moine bénédictin et archevêque de Mayence en Allemagne, qui a vécu au IX ème siècle, était également un théologien réputé. Il a rédigé une Encyclopédie des Choses, et des traités d’éducation et de grammaire ainsi que des commentaires de la Bible. Il explique que Jésus Christ et l’agneau sont liés car l’agneau est pure et immaculé, et qu’il est utilisé à titre de sacrifice dans les rites, tout comme Jésus fut tué sur terre. Toujours dans une tradition biblique, l’agneau est associé aux apôtres et donc aux innocents, donc à ceux qui se sont repentis.

Au XVII ème siècle ce n’est pas une iconographie très employée dans l’Europe du Nord, voici deux exemples :

Un peintre Espagnol :

Josefa de AYALA, nature morte, 1679, (sans indications supplémentaires)

Josefa de AYALA, nature morte, 1679, (sans indications supplémentaires) Source : http://en.wikipedia.org/wiki/File:JosefaObidos4.jpg

L’agneau est représenté ci-dessus déjà découpé, amassé avec d’autres types de viandes pour souligner le faste.

Voici un exemple d’un peintre Français : 

DE SPORTES Alexandre-François,Nature morte aux perdrix piquées, faisans, quarrés d'agneau fruits et poires de bon Chrétien,Gros & Delettrez,Paris (sans indications des dimensions) Source : http://www.artvalue.com/auctionresult--de-sportes-alexandre-francois-nature-morte-aux-perdrix-pique-2855422.htm

DE SPORTES Alexandre-François,Nature morte aux perdrix piquées, faisans, quarrés d’agneau fruits et poires de bon Chrétien,Gros & Delettrez,Paris (sans indications des dimensions)
Source : http://www.artvalue.com/auctionresult–de-sportes-alexandre-francois-nature-morte-aux-perdrix-pique-2855422.htm

Tortue, coquillage et poisson

Nature morte aux poissons Détails  Pieter Boel (1622-1674)  Huile sur toile, vers 1660  Cliché - Bertrand Legros  © Chateau-Musée de Dieppe, Dieppe

Nature morte aux poissons Détails Pieter Boel (1622-1674) Huile sur toile, vers 1660 Cliché – Bertrand Legros © Chateau-Musée de Dieppe, Dieppe

         La coquille, déjà évoquée et tout autre mollusque, invoque la tombe des défunts. Les huitres, mis à part la dimension érotique du fait de leur caractère aphrodisiaque, abritant des perles signifient l’humilité du sage et du saint. La perle est la connaissance cachée, la sagesse qui est tirée des enseignements de Dieu. 

        Dans un même registre, la tortue représente la terre et le ciel. Quand elle est représentée droite sur ses pattes il s’agit de l’image de la voute céleste, son dos arrondi rappelant la vision du ciel. Renversée elle représente la terre, demeure des hommes. Plus vulnérable sur le dos, elle renvoie à la fragilité de la vie ; sur ses pattes elle incarne la vie éternelle sous la protection de Dieu

         Le site des musées de Haute Normandie a des pages consacrées à des oeuvres d’art. La fiche sur l’oeuvre de Pieter Boel,artiste anversois du XVII ème siècle, « Nature morte aux poissons » peinte vers 1660 a été très utile pour la symbolique des coquillages, huiles et tortues. On note cependant la caractère peu pratique de ce site, qui dans l’onglet « à découvrir », propose des images d’oeuvres sans cartels, sans indication de dates, périodes ou autre. 

La chouette

Vanité à la chouette (auteur anonyme). XVIIe siècle.

Anonyme, XVII ème siècle, vanité à la chouette, Musée des Beaux-Arts de Dijon (sans indication de dimensions) Source : http://eclaircie.canalblog.com/archives/2011/02/28/20505458.html

Anonyme, XVII ème siècle, vanité à la chouette, Musée des Beaux-Arts de Dijon (sans indication de dimensions)
Source : http://eclaircie.canalblog.com/archives/2011/02/28/20505458.html

        C’est un oiseau de nuit qui a eu différentes symboliques. A l’Antiquité, associée à Athéna, elle représentait la sagesse, l’image de son habilité à voir dans la nuit représentant le fait d’être clairvoyant. Dans le monde romain, la chouette avait une connotation négative, accusée de boire le sang des enfants la nuit. Au Moyen-Âge la chouette est associée à la tromperie, profitant de la nuit pour chasser pour attraper ses proies plus facilement. Les chouettes furent souvent clouées aux portes pour conjurer les mauvais sorts.

La grenouille 

      Le directeur du musée des Beaux-Arts de Bordeaux résume les différents sens qu’ont pris les grenouilles dans l’histoire de l’Art : à l’Antiquité cet animal était symbole de fécondité, au Moyen Age la grenouille était mal vue, renvoyant à la luxure, et associée au crapaud qui incarne l’avarice. 

       Le Maitre de la Raison, graveur et peintre de la fin du XVème siècle actif à Amsterdam, utilise la grenouille pour représenter les pécheurs imprudents que le destin surprend.

       Plus tard, Jacob Cats dans ses emblèmes (disponibles sur internet ici) représente une grenouille au premier plan de son emblème « tibi mors, mini vita » ce qui signifie, selon les mots d’Olivier le Bihan, directeur du musée des Beaux-Arts lors de l’exposition : « au creux de la main gauche d’une jeune fille courtisée par un prétendant l’animal évoque l’alternative entre l’amour et le plaisir, la grenouille aquatique suffoquera dans la main de la virage qu’enflamme un désir déshonnête ». 

Jacob Cats, "Tibi Mors mini vita",  Sinne- en minnebeelden (1627) Source : http://emblems.let.uu.nl/c1627_introduction.html?lang=eng

Jacob Cats, « Tibi Mors mini vita », Sinne- en minnebeelden (1627)
Source : http://emblems.let.uu.nl/c1627_introduction.html?lang=eng

          Plus généralement maintenant, il faut aborder la symbolique des gibiers présents dans les natures mortes de l’Age d’Or.

          La chasse à courre était une activité noble, chère, très populaire au Moyen Age surtout, mais qui conserve cette image d’activité prestigieuse. Outre le fait qu’une nature morte de gibier puisse vouloir incarner la vanité humaine  dans sa définition de « fierté, orgueil », l’action complaisante de tuer moins fort que soi pour se faire valoir, la chasse est aussi un symbole chrétien. En fait, elle est associée au combat mené par le mal contre l’âme du croyant.

       La volaille et le gibier représentent la victime du sacrifice mais également la dimension du faste, l’abondance et la richesse. Ces deux éléments paradoxaux veulent signifier la difficulté de la recherche spirituelle dans la vie quotidienne de l’homme qui se laisse distraire par les biens matériels. Olivier Le Bihan explique que « Si le motif du gibier s’impose d’abord au sein ce genre de tableau comme l’image d’une mort instantanée qui suspend brutalement toute forme d’activité, on ne doit pas oublier non plus que la chasse figure elle-même parmi les occupations futiles dans un certain nombre de vanités datant de la seconde moitié du dix-septième siècle (…) la mythologie du chasseur n’est du reste pas indemne de toute critique sociale ou morale. En donnant la préséance au pasteur sur le chasseur, la Bible condamnait déjà l’imprévoyant Esaü à céder son droit d’ainesse à Jacob son cadet plus industrieux et réfléchi ». 

Clémence L. 

La vanité représentée dans l’autoportrait de David BAILLY (1651)

David BAILLY, Autoportrait ou Vanité, Nature Morte avec portrait d'un jeune peintre, 1651, huile sur bois, 90 x 122cm, Stedelijk Museum, Leyde © Copyright Luc Rozsavolgyi 2004 - 2008

David BAILLY, Autoportrait ou Vanité, Nature Morte avec portrait d’un jeune peintre, 1651, huile sur bois, 90 x 122cm, Stedelijk Museum, Leyde
© Copyright Luc Rozsavolgyi 2004 – 2008

       Les ressources ayant permis cette recherche sont un site internet d’amateur et un blog, chacun ayant fourni une analyse de l’Autoportrait de David Bailly.

Capture d'écran du blog http://mydailyartdisplay.wordpress.com. Page "About"

Capture d’écran du blog http://mydailyartdisplay.wordpress.com. Page « About »

       La première ressource utilisée est un blog rédigé en anglais d’un amateur anglophone d’Histoire de l’Art faisant régulièrement des articles sur des oeuvres de toutes époques confondues. Son travail a débuté en  2010 : my daily art display. Ce blog est hébergé par WordPress. L’interface du blog est plutôt esthétique, avec un moteur de recherche par mots-clés, comprenant des noms de peintres ou des genres artistiques. On note un trop-plein de catégories cependant. Il aurait été plus didactique de faire plusieurs onglets dans le menu principal pour se repérer plus facilement. D’après ce que l’on peut lire dans certains de ses articles, l’auteur souhaite traiter d’oeuvres qui n’ont pas encore été beaucoup étudiées. Lorsque l’on tape « vanitas » dans la barre de recherche nous nous trouvons face à plusieurs articles traitant plus ou moins de la vanité. Malgré le peu d’informations sur l’auteur, sa formation, son âge, ou bien même son pays, je recommande ce blog car il est très intéressant et concentre bon nombre de présentations de tableaux, d’artistes, de mouvements artistiques. On peut suivre ce blog en recevant des alertes par mail. En ce qui concerne l’article sur l’Autoportrait de David Bailly, il est très complet, y figure également une courte biographie utile pour cerner l’artiste, ainsi qu’une description et une analyse de la vanité.

       Ensuite, un site français datant de 2003, réalisé un collaboration avec un professeur et plusieurs de ses élèves. L’auteur, Luc Rozsavolgyu, explique que ce site a pour objet de regrouper des extraits importants de ses cours donnés en Classe Préparatoire H.E.C et à l’Académie supérieure des Beaux-Arts. Le site en lui-même n’est pas pratique, mais j’ai voulu le citer car l’article traitant de l’Autoportrait de David Bailly est assez intéressant, bien que pas scientifique. L’esthétique de l’interface est peu agréable par sa couleur beaucoup trop criarde pour être appréciée et nous ne pouvons accéder aux différentes rubriques que par un code d’accès.  J’ai réussi a trouvé l’article en question uniquement par l’intermédiaire du moteur de recherche Google.

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      Cet autoportrait comporte plusieurs nom : Vanité au portrait, Vanité, nature morte avec portrait d’un jeune peintre. C’est une huile sur bois de 1651 par le peintre néerlandais David Bailly né en 1584 et mort en 1657 à Leyde (actuels Pays-Bas), non loin de la région d’Amsterdam. Elle est actuellement exposé au Stedelijk Museum de Leyde.

       Leyde est à l’époque une ville concurrente d’Amsterdam sur le plan économique et celui de la production artistique. David Bailly a été portraitiste à Amsterdam. Souvent dans ses portraits sont mis en scène des natures mortes ayant pour objet une vanité. C’est à la suite de son Grand Tour de l’Europe qu’il peigna fréquemment des natures mortes et des vanités.

Une mise en abîme.

       Ce tableau a été peint lorsque l’artiste été âgé de 67 ans, or le sujet de l’oeuvre c’est un homme plutôt d’un jeune âge. Il est facilement aisé de le reconnaitre : c’est l’artiste lui-même, en plus jeune. Il nous présente de sa main gauche un autoportrait de son visage à l’âge où il peint le tableau. Cette scène est comme une projection du passé pour l’homme représenté dans le petit cadre ovale, ou bien du futur pour le jeune homme représenté. Quoiqu’il en soit, ces deux projections tendent vers la même fin : la vieillesse, la décomposition et la mort. C’est pourquoi dans l’autre partie du tableau se trouve une nature morte.

La représentation des arts et des connaissances

      On remarque qu’au dessus du creux de son coude gauche est suspendue au mur une palette nue qui symbolise la peinture. Au dessus de cette palette se trouve le dessin avec la représentation du Bouffon jouant du luth de Frans Hals (c.1623) qui découle de la représentation de la musique qui figure aussi avec une flute posée derrière l’autoportrait « vieux ».

sg

A gauche : Bouffon jouant du luth de Frans Hals, c.1623, Musée du Louvre, 70 x 62 cm. Source :  http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-bouffon-au-luth & A droite : détail de l’Autoportrait de Bailly, source: http://www.cynthia3000.info/celine-brun-picard/blog/index.php?tag/david-bailly

Enfin, le jeune homme présente avec sa canne les multiples objets qui se trouvent sur la table : la représentation de la  la sculpture avec une miniature de buste et d’une sculpture sur piedestal. Puis se trouve aussi un rouleau de papier et un livre, qu’on peut interpréter ici comme des symboles de connaissance. Le lien entre la partie gauche et la partie droite du tableau se fait par les bras du jeune homme. Ces divers objets font du ou des peintres représentés des personnes érudits ayant la connaissance des lettres et des arts.

Une vanité

     Associés à cette mise en abîme et à cette représentation des arts, des éléments symbolisant la finitude de la vie : des roses, une bougie éteinte d’où s’échappe de la fumée, des bulles de savons qui représentent la fragilité de la vie, puis le crâne et le sablier signifiant directement le destin funeste de chaque homme. Sont présents aussi des éléments représentant les passions humaines : un verre rempli d’un liquide ambré, peut-être de la bière ou du vin blanc très consommés à l’époque (il était commun d’être ivre dans cette région au XVIIème, beaucoup de représentations en manifestent), des pièces de monnaies, un collier de perles, un couteau en os ou en ivoire et un tissu noir précieux. Tout ceci est agencé pour que ce soit agréable aux yeux du spectateur. En dernier élément qui justifie que ce soit une vanité : la présence du verre au reflet rouge sang semblable à un calice et à une boule d’encens, y figure aussi des livres, peut être la Bible, renvoyant directement à la condamnation des passions par la religion chrétienne.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0d/David_Bailly_Vanitas1651.jpg

Détail de l’Autoportrait de David Bailly Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0d/David_Bailly_Vanitas1651.jpg

        Ce tableau est une mise en scène, car se trouve dans le coin droit du tableau un rideau qui peut faire penser au rideau du théâtre, que l’on dégage lorsque la scène commence et que l’on ferme lorsque c’est fini. Avec ce rideau, le tableau tend de nouveau vers l’ambiguïté du présent et du passé : on dégage le rideau pour montrer ce qui va arriver dans un futur plutôt lointain pour un jeune homme, ou bien on le ferme pour exprimer le faite que la « partie est finie », c’est la fin de la représentation.

Clémentine J.

L’iconographie des bulles de savons dans les vanités

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=MILL&VALUE_98=1645%20vers%20&DOM=All&REL_SPECIFIC=3

Jan LIEVENS, Enfant faisant des bulles de savon, 2ème quart du XVII ème siècle, Musée de Besançon.

        Le musée des Beaux-Arts de Caen s’est penché sur le thème des vanités dans la peinture. Cette exposition qui a duré trois mois date d’il y a quatorze ans. C’est l’une des principales expositions sur ce sujet. Le Musée des Beaux-Arts de Caen a mis à disposition sur son site un espace pédagogique, accessible depuis l’interface d’accueil, à partir de l’onglet intitulé « Ressources ». A noter que l’interface présente toutes les informations principales concernant les horaires, les expositions en cours et l’actualité (les conférences notamment).

         A l’occasion de l’exposition sur les Vanités au Musée des Beaux Arts de Caen en 1990, une fiche d’analyse d’oeuvre exposée a été proposée et mise en ligne sous forme de PDF. Cette fiche compare différentes oeuvres de l’exposition afin d’éclairer son analyse de l’oeuvre principale commentée. L’oeuvre commentée est de NICOLAES VAN VEERENDAEL, artiste anversois. Il s’agit d’une nature morte, d’une vanité. Ce document apporte des éléments sur l’iconographie des vanités. 

          Le site du Musée des Beaux Arts est la propriété du Musée des Beaux-Arts de Caen, musée municipal de la Ville de Caen (siège social : Mairie de Caen, Esplanade Jean-Marie Louvel – 14 027 CAEN Cedex 9). Le directeur de la publication est Philippe Duron, maire de Caen et le responsable éditorial est Patrick Ramade, conservateur en chef, directeur du Musée des Beaux-Arts de Caen

         Le catalogue de l’exposition, accessible seulement en version imprimée a été rédigé sous la direction d’Alain Tapié avec la collaboration de Jean-Marie Dautel et Philippe Rouillard. L’éditeur est le Musée des Beaux-Arts de Caen lui même, et il date de 1990. Il a été imprimé en Belgique. 

        Il comprend un article de Inguar Bergstrom intitulé « Homo Bulla, La boule transparente dans la peinture hollandaise à la fin du XVI ème siècle et au XVII ème siècle ». 

         Le site du Rijksmuseum est un outil précieux pour retrouver des oeuvres de peintres néerlandais en lien avec le sujet ici développé : la boule transparente dans les natures mortes de vanités. 

         La représentation des boules ou bulles de savon apparait dès le XVI ème siècle dans les gravures de Hendrick Glotzius (1558-1617). Un putto est appuyé sur un crâne et devant lui se trouve un lys. Un peu plus loin de la fumée sort d’un vase. L’idée représentée par cette image emblématique est la courte durée de la vie humaine, telle une fleur fragile, ici le lys. La gravure est assortie d’une phrase en latin : « QUIS EVADET ? »  C’est-à-dire « Qui s’en échappe? ». C’est de la mort dont il est question, et la réponse est : personne. 

          Une autre gravure de Jacques de Gheyn, aussi auteur d’une vanité datée de 1603 été conservée au Metropolitan Museum de New York, contient une multitude de symboles et d’inscriptions en rapport avec les vanités. La mention « HOMO BULLA«  signifie « l’homme n’est qu’une bulle ». La mort saisit l’homme, qu’il soit roi ou paysan, comme figuré sur la gravure. La mention « MORS SCEPTRA LIGONIBUS AEQVAT » signifie « la mort rend égaux le sceptre et la pioche », et appuie cette idée d’égalité devant la mort. 

         L’artiste Jan Lievens  qui est né à Leyde en 1607 et mort à Amsterdam en 1674 a réalisé un tableau intitulé Homo Bulla, daté de 1645 et qui est conservé au musée des Beaux-Arts de Besançon. Il représente un jeune enfant nu qui est assis en pleine nature, puisqu’on aperçoit des arbres au dernier plan.

        A ses pieds, un fémur, un crâne et une mâchoire inférieure puis à sa gauche un sablier. On retrouve l’idée de la mort à travers les os, qui contraste avec la jeunesse de ce putto sans ailes, ce jeune garçon d’une blancheur éclatante. Le contraste est aussi opéré au niveau de sa chair volumineuse et gracile à proximité du crâne noir. Le jeune garçon est occupé à fabriquer des bulles en soufflant dans une sorte d’objet qu’il tient entre ses mains. La bulle est pleine, bien ronde, comme ses membres, et pourtant est destinée à éclater.

         Ce qui est intéressant de noter c’est que cette iconographie a été utilisée dans le cadre d’un sujet biblique. L’oeuvre de Hieronymus Wierix, 1563 – before 1619, représente le Christ soufflant des bulles de savons. Ce thème du Christ représenté enfant assorti d’éléments renvoyant à sa mort prochaine est récurrent mais il est plus rare de trouver ce motif là des bulles de savons. Souvent lié à la jeunesse, cette iconographie veut appuyer l’innocence de l’enfant qui ne se doute pas de l’inéluctable fuit du temps et de la fragilité de la vie.

Clémence L.

Bibliographie : 

‎A. Tapié, Les Vanités dans la Peinture au XVIIe siècle. Méditation sur la richesse, le dénuement et la rédemption – catalogue d’exposition 27 juillet 15 octobre 1990‎. ‎Caen, Musée des Beaux-arts, 1990

Persée secourant Andromède de Joachim Wtewael : une vanité cachée ?

http://perseetandromede.wordpress.com

Joachim Wtewael, Persée sécourant Andromède, 1611, toile, 180 x 150 cm, Musée du Louvre, Paris http://perseetandromede.wordpress.com

      Dans cet article, il s’agira d’analyser un tableau très intéressant de Joachim Wtewael, Persée secourant Andromède. Ce tableau comporte en fait trois tableaux en un : un paysage qui semblerait être une vue idéalisée de la ville d’Harleem, un nu académique, et une nature morte au premier plan que je vais analyser en tant que vanité à l’aide de plusieurs ressources numériques.

       Je voudrais vous présenter un blog d’un amateur qui a fait une description de ce tableau de manière divertissante, qui est à prendre au second degré. Il s’agit de missionaulouvre (ce lien vous envoie directement à l’article concernant le tableau). Ce blog est en fait comme un journal de bord, d’un amateur, Jean-Sebastien Cariot, qui s’est donné pour « mission » de visiter le Louvre tous les jours à sa pause déjeuner pendant un semestre. Il publie alors un article pour chaque oeuvre qui l’a marquée et raconte son sujet et son histoire. Nous naviguons facilement sur ce blog grâce au sommaire.

Capture d’écran du blog missionaulouvre
Pour continuer avec les blogs, je vais vous présenter un écrit par des consoeurs de Ressources Numériques de l’année dernière, qui ont fait un blog entièrement dédié au mythe de Persée et Andromède. La navigation est très ludique car les trois étudiantes ont fait une page par technique de représentation (sculpture, peinture, cinéma, musique, littérature, ect…).

Capture d’écran du blog perseeetandromede
Le site de la Société des Amis du Louvre a publié une petite page sur ce tableau. Nous retrouvons ce tableau par un des onglets proposés à gauche : acquisitions puis liste des oeuvres. L’interface est aussi plutôt ludique, l’onglet acquisitions puis liste des oeuvres est classifié selon les différentes salles du Musée du Louvre. Le qui sommes nous? est très complet. C’est une société privée qui est aujourd’hui le premier mécène du Musée du Louvre.

Capture d’écran société des amis du Louvre page Persée et Andromède de Wtewael

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      Joachim Wtewael est un peintre dit maniériste hollandais, il est né en 1566 et mort en 1638 à Utrecht.

     Si vous ne connaissez pas tout à fait le mythe de Persée et Andromède vous êtes invité à aller voir les diverses ressources proposées ci-dessus,. Il est important de préciser que ce tableau est une sorte de fusion de deux mythes : celui de Persée avec des sandales ailées sauvant Andromède du monstre marin, et de Béllerophon avec Pégase tuant la chimère.

perseetandromede.wordpress

Joachim Wtewael, Persée secourant Andromède, 1611 (Détail)

     Nous remarquons qu’aux pieds d’Andromède, le sol est littéralement tapissé de coquillages vides associés à un crâne et un os à son pied droit, et à son coté gauche un cadavre ayant perdu toute sa chair. Finalement, un contexte plutôt funeste; c’est pourquoi nous pouvons penser tout d’abord à une nature morte.
Mais aussi à une vanité. Ici, les ossements rappelle le destin d’Andromède qui est donnée en sacrifice au monstre marin, ces ossements sont les dernières victimes du monstre avant elle. Par cette association d’une belle jeune femme et de la mort, nous pouvons penser à une première vanité. Celle qui correspond à l’adage « rappelle-toi que tu vas mourir », et faisant référence à la cruauté de la vie, car nous savons que nous allons mourir mais nous ne savons pas quand. Ce crâne peut aussi fait allusion à ce que sera Andromède, ou ce que nous serons, dans quelques dizaines d’années.
Cette représentation du memento mori est la plus répandue, comme nous avons pu le voir dans nos divers articles précédents. Mais nous n’avons encore jamais traités dans ce blog du coquillage dans les vanités.
A vrai dire, il est assez difficile de trouver une ou des significations de cet élément sur le net. Je vais tenter une interprétation par moi-même en m’appuyant sur diverses lectures numériques effectuées, qui sont présenter au début de cet article. Depuis longtemps le coquillage fait référence à la femme. Tantôt à la Vierge, souvent à l’enfant comme La Sainte Conversation de Pierro della Francesca, nous remarquons que l’abside de l’architecture forme un coquillage. Tantôt à la femme plus charnelle, et la nous pensons à la déesse Venus et à la fameuse Naissance de Venus de Sandro Botticelli. Ici le coquillage fait directement référence au sexe féminin et à la fécondité, en tant qu’attribut de Venus.

       Si nous nous remettons dans le contexte de Persée et Andromède; ce-dernier tombant amoureux de cette belle femme nue en détresse; cette dernière assimilation du coquillage concorde dans ce tableau qui mêle héroïsme et érotisme. A cette époque l’académie du nu, était certes un exercice pictural fastidieux qui vantait la maitrise du dessin de l’artiste, mais elle était destinée aussi à un certain plaisir visuel. Nous pouvons penser alors à une vanité du plaisir charnel. Un plaisir éphémère, qui ne dure qu’un temps, lorsque nous sommes beaux et jeunes. C’est peut-être aussi ce qui attend Persée et Andromède après leur mariage.

Clémentine J.

Le foyer artistique d’Amsterdam et les vanités au 17 ème siècle

Les artistes au XVII ème siècle sont surtout présents dans les centres économiques de production, c’est à dire les villes dynamiques, telle qu’Amsterdam. Ils s’inscrivent dans des guildes afin de pouvoir exercer leur métier. Chaque ville a ainsi ses artistes regroupés en atelier, ou qui se retrouvent au sein de la guilde : ils influent donc les uns sur les autres. Cette mise en commun des recherches picturales est doublée de spécificités artistiques liées à la tradition locale. De véritables « foyers de peinture » apparaissent, sans pour autant se détacher de l’unité de la peinture hollandaise : le réalisme de la représentation, le goût pour la description minutieuse des éléments, des couleurs brillantes et un travail sur la lumière.

La scène de genre en générale émerge un siècle avant notre période d’étude, au XVI ème siècle. Les artistes ne s’intéressent alors plus à illustrer un texte ou un fait historique mais simplement à créer des illustrations de proverbes ou de morales tout en représentant la vie quotidienne des habitants de sa ville. Les scènes de genre ont été longtemps le sujet de prédilection des peintres. Elles étaient prisées à l’époque car correspondaient aux goûts de la bourgeoisie qui apprécie de voir mis en valeur ce qui la distingue justement des autres : les objets précieux et à foison. La puissance des Provinces-Unies provient de sa véritable suprématie maritime et commerciale constituée grâce aux investissements de la bourgeoisie et à son dynamisme.

Il en est ainsi de Jan Steen (1625-1679) né et mort à Leyde, dans la région d’Amsterdam. Sa Joyeuse Famille peinte en 1668 illustre le proverbe « Ce que chantent les vieux, les petits le fredonnent ». La présence d’objets de luxe sur le sol, entassés, la beauté des tissus (une broderie recouvre la table à souper), la présence des instruments et du vin renvoie aux vanités humaines. Ces véritables « fragments de réel » servent de support moral. Ici il s’agit de mettre en garde les parents de ne pas donner le mauvais exemple aux enfants. On voit en effet un tout jeune enfant au premier plan qui boit du vin à même la cruche aidé par sa soeur, et deux jeunes adolescents en train de fumer au fond à droite de la scène. Un nourrisson est même présent dans les bras de sa mère. Il est possible d’y voir un présage : le nourrisson va se mettre à boire jeune, comme les deux enfants à la cruche, puis à fumer un peu plus tard, si ses parents lui montrent un tel exemple.

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Les vanités, repris du Livre de l’Ecclésiaste développe une morale (comme il a été vu dans un article précédent). Cette morale porte sur la brièveté de la vie et la nécessité de méditer sur le Jugement Dernier. Pourtant, paradoxalement, celles-ci semblent pousser le spectateur à profiter des plaisirs de la vie. La multitude d’objets entassés porteurs de symboliques respectives, dont deux exemples ont été analysés dans des articles précédents (la tulipe et la bougie), renvoie à la société hollandaise qui s’est enrichie petit à petit et qui a un gout certain pour les objets précieux. Chaque élément dans sa catégorie dénonce en quelque sorte les traits de cette société bourgeoise :

-les bougies qui se consument, les sabliers et horloges dénoncent la fuite du temps;

-les fleurs fanées, fruits renvoient au destin commun;

-les miroirs veulent symboliser la vanité des apparences;

-la peinture elle-même évoque le fait que tout n’est qu’illusion.

Le succès de la nature morte, et notamment des vanités, aux Pays Bas à cette époque s’explique donc par sa valeur décorative et son prix moins élevé que les peintures d’Histoire. Les peintures d’Histoire sont en effet considérées comme étant plus prestigieuses et intellectuelles. La scène de genre manque alors de règles précises et d’une théorie qui l’unifierait. C’est justement ce dernier trait qui plait aux peintres.

En effet, ce succès vaut aussi pour les peintres qui apprécient de pouvoir travailler librement sans la contrainte du sujet et de se concentrer sur la peinture en elle-même : la disposition des objets, la mise en scène de ces derniers, leurs textures, couleurs, la mise en contraste avec d’autres objets qui leur sont opposés du point de vue de leurs natures ou de leurs propriétés physiques.

Ainsi, les scènes de genres s’imposent-elles sur le marché de l’art Hollandais, dont les vanités, dans la région d’Amsterdam à cette période.

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Ressources numérique / bibliographie 

Pour répondre  à ce sujet, le site Insecula est utile car il fournit des synthèses historiques concises et claires. Ce site contient une encyclopédie des arts et de l’architecture, il s’agit d’un site français qui contient des images et des descriptions de milliers d’oeuvres d’art des musées majeurs et des collections de France et d’ailleurs. Le moteur de recherche est simple à utiliser. L’absence de bibliographie est très dommage. L’interface est un peu vieillie mais simple. 

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Le site internet Histoire pour tous est un site internet dont les articles sont rédigés par des étudiants, enseignants ou passionnés. C’est un véritable magazine en ligne spécialisé sur l’Histoire destiné aux curieux mais aussi aux initiés. Le directeur éditorial est Frédéric Gerlier, diplômé de Sciences Politiques. Un article intitulé « La peinture de genre hollandaise au XVIIème siècle » . L’interface de ce site est très accessible, avec un défaut seulement au niveau des onglets, trop nombreux et qui ne facilite pas la recherche. 

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Un ouvrage a permis d’enrichir mon discours dans cet article : G.Cassegrain, C. Guégan, P. Le Chanu, O. Zeder, L’ABCdaire de Vermeer, Flammarion, 2010, Paris. Il est très pratique car il offre une description de la société du 17ème siècle, des peintres de la région d’Amsterdam (Harleem, Leyde), du contexte historique. 

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Clémence L.

Tulipomanie et Vanités en peinture : la crise de février 1637

Le premier article que j’ai lu au sujet de la Tulipomanie est celui de Wikipedia. Le site wikipedia est une encyclopédie libre sur internet, autrement dit un « wiki » : les pages que contiennent ce site sont modifiables par les visiteurs, il suffit pour cela de se créer un compte. C’est en fait une véritable communauté avec 16 845 contributeurs actifs et 1 777 734 utilisateurs inscrits à ce jour. À la base, c’est un projet co-fondé par un homme d’affaires américain, Jimmy Wales, datant de janvier 2001. On ne pas dire que c’est une source fiable mais cette encyclopédie en ligne permet d’avoir une première version et une vision globale de ce que l’on recherche.

En ce qui concerne l’article sur la Tulipomanie il est  complet et contient un certain nombre de parties. On peut voir une partie intitulée « La crise de la tulipe dans les arts » avec une sous-partie « Quelques exemples dans la peinture » que je trouve très complète et détaillée. Cet article sur la peinture est écrit à partir du catalogue d’exposition qui a eu lieu au Rijksmuseum en 2006 appelée « Flowers, Tulips, roses and hyacinthe at the Rijksmuseum Schiphol Amsterdam», introuvable en livre numérique. Je pense que ce qui fait la fiabilité de cet article est la présence de plusieurs notes de références.

 J’ai complété ma recherche sur ce sujet en trouvant un article le concernant sur le site herodote.net. C’est aussi une encyclopédie en ligne sur l’Histoire universelle. Nous trouvons le « qui sommes-nous » tout en bas de la page d’accueil dans « Contact ». Il est dit que les articles publiés font références dans le milieu de l’enseignement. Ce site a le soutient des « amis d’hérodote.net », un livre numérique leur est dédié chaque trimestre. Le site propose en plus des articles, des chroniques deux à trois fois par semaine. Dans ce « qui sommes-nous », nous trouvons le détail de l’équipe rédactionnelle que je vous invite à aller regarder car il est très complet. La navigation sur ce site semble assez ludique, avec des pages thématiques. De plus, la page de l’accueil correspond aux actualités du site, ce qui montre que le site est mis à jour en permanence.

Capture d’écran Hérodote.net

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Venons-en à notre sujet: la Tulipomanie et sa représentation dans les Vanités.

La Tulipomanie est une des premières crises économiques résultant de l’explosion d’une bulle spéculative. En fait de « fonds pourris » ou de subprimes, il s’agissait alors du prix du bulbe de la tulipe. Ce dernier était en effet monté en flèche avant de s’effondrer subitement. Un graphique du site internet tiré d’un blog intitulé Fortune illustre cette chute libre.

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Retour en arrière pour comprendre le déroulé de cette crise. L’essor de la compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), fondée en 1602, a permis la prospérité d’une nouvelle classe de marchands et de négociants. Cette nouvelle est classe est très friande de ce qui se fait de plus précieux et voire même de rare. C’est dans ce contexte que s’inscrit la Tulipomanie. Le bulbe de la Tulipe provient de l’Asie par le relais de l’Autriche, cette fleur passionne les bourgeois par sa beauté, mais aussi parce qu’elle est la fleur d’ornement de la puissante Constantinople. De plus, lorsque les bulbes sont apportés en Europe, ils comportent un virus mutant dont la reproduction est quasi impossible et fait une couleur tout à fait extraordinaire à la fleur, avec des taches. Ce qui accroit leur rareté et la passion pour ces fleurs. Les prix flambent en milliers de florins (sachant qu’un ouvrier spécialisé gagne 150 florins par an) et provoque une crise car les acheteurs ne peuvent plus respecter leur contrat. Cette partie de la population fait faillite et se retrouve ruinée.  Certains économistes font même référence à la crise des subprimes de 2006.

Jacob de GHEYN, still life, 1603, La Haye

Jacob de GHEYN, still life, 1603, La Haye

La représentation des fleurs dans les natures mortes, aussi bien en tableaux qu’en planches illustrées, est très développée au Siècle d’Or, elle permet une alternative durable aux fleurs périssables. La représentation de la tulipe dans ce «contexte de crise » s’ajoute à cela. Cette fleur symbolise à la fois que tout périt ici-bas (comme le crâne ou la bougie), mais c’est aussi une critique par les calvinistes de la vanité du luxe développée par l’essor de la bourgeoisie marchande, qui est aussi figurée par les bijoux et les bibelots luxueux. 

Le tableau présenté est de Jacob de Gheyn (1565-1629), il l’a peint à La Haye à la fin de sa vie en 1603. Comme on peut le voir la fleur de tulipe représentée à gauche est associé au crâne, symbole par excellence de la vanité et de la mort. Ce crâne se veut être celui d’Adam, qui se trouvait aux pieds de la croix du Christ. On peut également voir deux calices, symbole de l’eucharistie et de la passion du Christ qui s’est sacrifié pour l’humanité. La tulipe est aussi associée à la bulle de savon qui évoque la nature éphémère de la vie. Enfin, elle se complète aux pièces d’or voulant démontrer la vanité du luxe et cette folie d’achats de tulipes à un prix très élevé.

Pour conclure, on a pu comprendre que la Tulipomanie a une grande incidence aux Pays-Bas pour l’économie qui a subit un grand choc. Mais aussi dans la société d’artistes, les peintres ont vu dans cet événement un nouveau thème de représentation des vanités : la nature éphémère de l’existence associée à la vanité de la richesse.

Clémentine J.

 

Le message moral des vanités

Le site internet du lycée de Versailles fournit un PDF en ligne sur le sujet des vanités. Il possède une seule page. Un paragraphe entier est consacré à une partie du sujet qui nous intéresse : le message moral des vanités.

La vanité, en exposant des éléments triviaux de la vie terrestre, permet de rappeler au spectateur que ces choses de la vie quotidienne diffèrent de Dieu, et ne sont en aucun cas essentielles. Les fruits souvent présents sont présents pour montrer le caractère éphémère de la vie. Plus explicitement souvent un crâne appuie cet argument. Le crâne renvoie à celui d’Adam, souvent représenté au pied de la croix du Christ, dans le but de raviver l’histoire du péché originel, et de l’immortalité de l’homme perdu à cause du péché.

La Bible qui est représenté tout simplement en livre ouvert, est la clé de compréhension d’une vanité, qui la distinguerait d’une nature morte ordinaire.

Le site internet du Louvre propose des notices sur des oeuvres sélectionnées, sur un thème, ici la nature morte.

Sous l’aspect donc anecdotique, qu’il est possible d’interpréter comme un travail technique sur la représentation d’objets et de choses, se cache un message moralisateur.

Ce qui nous amène à réfléchir sur la façon de lire une vanité. Chaque élément, chaque motif constitue une pièce du discours moral. Par exemple, la présence d’animaux dans une nature morte veut incarner un plaidoyer contre le désordre, l’aspect irréfléchi, en un mot la frivolité.

Cette peinture de Adriaen van Utrecht de 1644, conservée au Rijksmuseum, représente une nature morte, on y voit des fruits (raisins, clémentines, cerises, pêches, citrons, mirabelles, groseilles, abricots etc.), de la viande (jambon), des crustacés (crabes, homards) et du vin, des instruments de musiques, des plantes, un encensoir, des livres et un drap blanc. Le drap blanc représente le linceul, et rappelle le message religieux de cette oeuvre.

Sont également présents des animaux, vivants, tels qu’un singe, un chien et un perroquet. Ces animaux ont tous des symboliques bien précises. Le singe incarne le désordre, les pulsions humaines, le chien la fidélité, mais il est ici à moitié rasé ce qui montre le processus d’affaiblissement de cette vertu. Le perroquet lui représente la luxure.

En outre, certains éléments sont « entamés » d’autres pas. Le citron à moitié pelé et coupé en deux, le jambon, la tourte, la partition ouverte, le chien à demi rasé, les fruits qui ont une teinte moins vives (comme le raisin et les fruits au premier plan qui tombent du panier renversé). D’autres ont un aspect intact : le livre fermé sous le violon, la couleur jaune vive des citrons, le homard qui parait encore vivant. Il y a donc cette opposition qui veut faire comprendre au spectateur que rien ne dure, et que le processus d’écoulement du temps est déjà en marche, e temps s’écoule inéluctablement. Il n’y a pas d’issue possible à ce processus, parce que l’homme est impulsif comme un singe, est distrait par la luxure et les plaisirs de la chaire, dont le perroquet incarne ce vice, et enfin il n’est plus fidèle, ou du moins sa fidélité est-elle en train de se détériorer.

Notons également que le chien est souvent attribué à Judas dans les représentations de la Cène, ce chien qui regarde vers le drapé blanc, symbole de la Passion du Christ.

Clémence L.

La représentation de la bougie dans les vanités

A partir de deux ressources bien différentes l’une de l’autre nous pouvons comprendre le ou les symboles d’une vanité en la définissant et en étudiant l’iconographie.

Caroline BOUVIER, enseignante de Lettres Classiques au lycée Eugène Delacroix de Maison-Alfort a publié un article sur son blog intitulé « Aspect du baroque: vanité » qui permet de définir les éléments des vanités. Ce blog est hébergé par LeWebPédagogique qui est une communauté éducative francophone, créée en 2005, permettant par le biais d’un blog, un échange complémentaire aux cours entre enseignant et élève.

Enfin, le site du Memory of the Netherlands regroupe les reproductions photographiques de toutes les collections se trouvant aux Pays-Bas. Cette base de donnée est mise en relation avec la Koninklijke Bibliotheek (National Library of the Netherlands). A partir de là la recherche « vanitas » permet de visualiser toutes les représentations portant le nom de vanités.

Nous pouvons constater à partir de ces deux ressources, que l’on peut retrouver dans les représentations une bougie allumée, ou bien une bougie éteinte ou encore un chandelier vide.

Par l’aspect pédagogique d’un blog d’enseignante au lycée, nous pouvons dire que la bougie caractérise la fuite du temps, le caractère éphémère de la vie. Mais nous pouvons aussi penser à la lumière divine. En effet, les vanités ont souvent une morale religieuse cachée derrière elles. On peut justifier cette remarque par le dossier effectué par le « club de philo » du lycée de Sèvres.

J’ai pris ici deux exemples antinomiques pour expliquer la signification de la bougie dans la vanité.

Johannes van den Aveele, Vanitas stilleven met schedel en kandelaar, 1699, Amsterdam Museum

Johannes van den Aveele, Vanitas stilleven met schedel en kandelaar, 1699, Amsterdam Museum

Le premier de Johannes van den Aveele (1699) avec une bougie allumée sur le coté du tableau au coté d’un crâne éclairé très vivement par une lanterne dans laquelle se trouve un sablier. Ce tableau peut faire penser au coté religieux de la vanité, rappeler au spectateur que sa vie entière doit être consacré au christ et que son objectif ultime est d’aller au paradis.

Pieter Symonsz Potter, Vanitas stilleven, 1646, Rijksmuseum

Pieter Symonsz Potter, Vanitas stilleven, 1646, Rijksmuseum

Le second de Pieter Symonsz Potter (1646) avec un chandelier vide, qui insinue que la bougie est terminée et symbolise encore plus le coté morbide de la vie.

Ces exemple expriment finalement ce qu’on appelle par rapport à la vanité le memento mori (« rappelle-toi que tu vas mourir »).

Clémentine J.